La logique change une fois l’arrivée des matchs à enjeu et du passage en football à 11.
Je pense qu’il y a une grande hypocrisie qui va se mettre en place à ce moment. On est plus à la recherche d’un bon gardien mais d’un profil…
Cela revient systématiquement dans mes conversations avec des recruteurs de clubs professionnels (à la limite pourquoi pas) mais nouveauté depuis quelque temps cette course au grand gardien arrive même dans les clubs plus modestes.
Plus qu’un gardien technique, plus qu’un patron dans la surface, les entraineurs cherchent un gardien imposant. Cela laisse un grand nombre de bons voir très bons gardiens sur le côté car l’arrivée en foot à 11 rabat les cartes et un petit gardien est trop pénalisant pour une équipe.
Quel que soit le choix du numéro 1, tout s’explique et surtout à cet âge (13-17 ans) les enfants ont besoin de savoir. Un adolescent ne comprendra pas ce qu’il vit comme une injustice et risque soit d’arrêter le football soit de changer de poste.
C’est dans ces moments là où tout le travail fait précédemment avec vos gardiens remplaçants prendra tout son sens car ils doivent être prêt en cas de départ ou de blessure du titulaire.
Et enfin nous arrivons en sénior où les problématiques que ce soit dans le monde professionnel ou amateur sont certes à des degrés moindre, similaires.
La saison dernière j’ai été confronté toute l’année à un dilemme qui m’a fait changer d’avis sur le sujet.
J’avais deux excellents gardiens qui l’un et l’autre pouvaient jouer plusieurs divisions au-dessus mais leur parcours de vie a fait qu’ils ont choisi de jouer pour ce club.
Un ex-international malien en fin de carrière et un jeune gardien ayant un métier peu compatible avec la pratique du football de haut niveau mais qui avait joué au niveau N2.
Le second était censé prendre la relève du premier, techniquement bien meilleur, physiquement en meilleure forme, un jeu au pied largement supérieur, et pourtant…
Le plus ancien dégageait quelque chose en match qui a fait que nous avons fini avec la meilleure défense et à aucun moment nous avons pu établir une rotation avec le plus jeune. Enfin si, il a pris 5 buts en coupe, ce qui a mis un terme au débat dans le staff.
Cette année dès le départ le plus jeune a été installé comme titulaire et avant confinement, il réalisait une grande saison… L’ancien peine à venir s’entrainer.
Malheureusement, je ne pense pas que l’aspect technique soit le plus important, car nous avons tous connu ces gardiens d’entrainements, spectaculaires, très propre techniquement mais incapable de peser en match.
L’expérience est un facteur très important car très souvent il se couple avec l’aura dans un vestiaire mais il peut aussi devenir un piège. En effet, on a toujours tendance (surtout en France) à privilégier les anciens aux jeunes qui sont plus faciles à « gérer ». Un jeune se rebellera moins contre les choix de l’entraineur qu’un joueur ayant plusieurs années dans le club.
Il y a toujours des contre-exemples comme le coup de sang de Grégory Coupet qui a eu du mal à accepter le choix de Raymond Domenech de titulariser Fabien Barthez. Ce choix politique allait à l’encontre de la logique technique ou de la forme du moment mais il assurait une meilleure cohésion de l’équipe justifiera le sélectionneur.
Lors d’une de mes discussions avec un entraineur professionnel, celui-ci m’a expliqué sa logique pour choisir ses 3 gardiens :
– le numéro 1 est un mix de gabarit/technique/influence
– le numéro 2 est un jeune avec un grand gabarit qui peut encore progresser techniquement
– et le numéro 3 doit être meilleur techniquement (quelque soit son gabarit) que les deux premiers pour les obliger à se bouger à l’entrainement.
Comme je vous l’ai dit dès le début chaque cas est particulier mais sa logique se tient.
Un autre entraineur m’a dit qu’il choisissait ses gardiens en fonction du style de jeu de son équipe.
Effectivement, son choix aussi se tient car selon que l’on a une équipe dominante ou pas, le travail du gardien ne sera pas du tout le même.
Dans certains cas on va privilégier le jeu au pied et la gestion de profondeur, dans l’autre les sorties aériennes et les arrêts sur sa ligne.
Dernier critère qui pour moi est le plus important, la confiance en soi qui va influer sur la forme du moment car nous tous passionnés de ce poste, nous savons qu’il n’y a rien de plus impactant pour nos gardiens que la confiance qu’ils ont et que l’on arrive à leur transmettre.
Là aussi le choix sera difficile lorsque nous sentons un titulaire en pleine perte de confiance.
Faut-il le maintenir coûte que coûte ? Faut-il le laisser souffler ? Mais comment va-t-il le prendre ? Que faire si le numéro 2 saisit sa chance et enchaîne les bons matchs ?
Malheureusement nous abordons des sujets de psychologie et chacun en tant qu’individu puis en tant que sportif réagira différemment.
Vous l’avez compris je n’ai que des pistes de réflexions et je continue de chercher ce qui me permettrait d’aider mes jeunes gardiens à être prêt à performer et leur axe de progression.
Ma seule certitude dans ce domaine est l’impression que va dégager le gardien de but même jeune et très souvent dès le premier coup d’œil, dès les premières actions on peut sentir si le gardien aura un impact sur le match ou s’il va le subir. Et cela commence à l’échauffement.
Je suis prêt à poursuivre ce débat avec vous par mail ou sur mes réseaux sociaux car comme je l’ai dit en préambule, je pense qu’il y a autant de critères pour choisir son numéro 1 que de passionnés de ce poste.
À vos claviers.

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